Sur la déformation continue

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente une réflexion sur la formation.

Dans cette époque dite de communication, il est encore cette période où l’accent est mis sur la formation. Que n’en entendons-nous parler : la formation est indispensable à l’épanouissement et l’avenir radieux la réclame.

Si l’école ne peut effectivement tout embrasser, il y a un leurre dans la propagande et les facilités données à se former et, plus encore, dans l’esprit des gens qui croient véritablement, sinon se former, au moins le vouloir.

On ne voit effectivement pas de volonté parce que le temps presse et qu’il est l’argent après lequel on court pour se donner du bon temps. Or, s’instruire est se torturer.
Après le travail, voudrait-on, – pourrait-on s’infliger une double peine ? Quand encore l’époque traite de culture jeux et passe-temps…
Au travail, les choses se compliquent : la productivité donne seule les lettres de noblesse. Si cela exclut la réflexion, que dire de nouveaux protocoles qui obligent à leur étude ?

Les Spartiates furent les maîtres incontestés du géomorphisme militaire. Ils savaient se reformer dans une chorégraphie parfaite pour surseoir aux changements de situations. Mais cela ne fut rendu possible que par la discipline et le sens du devoir.
Si la continuité n’est pas dans la préoccupation, alors l’opportunisme prédomine nécessairement. Il ne s’agit plus de guerre, mais de rapines ; au lieu de stratégie, de coup.
On rétorquera qu’il y a une stratégie des coups. Certes. Elle exclut cependant la pause opérationnelle : le coup est la pensée de l’avare. Le grand déploiement dans le temps et l’espace s’y oppose.

Que conviendrait-il de faire ? Poser le constat, c’est y trouver la réponse : le sens du devoir. Sa perte prend source dans l’inadéquation entre la notion d’intimité de l’homme et la taille des structures (avec ses concepts). Lorsque la mesure ne correspond plus, l’abstraction naît et avec elle l’impersonnalité. Les grandes structures, achetées, vendues et recédées, en dépit des efforts pour créer une « culture d’entreprise » si lisse et surfaite que de l’une à l’autre on ne peut y voir de différence, – n’engagent que des comédiens qui roulent pour leur seule politique existentielle réduite à leur condition par la force des choses.

En effet, il s’agit bien de forçage. L’homme adorerait se trouver en mission. Non pas d’une mission de rapine, mais de quelque chose de concret qui lui survive et dont il saura être fier.
Il y a une condition à cela : le langage commun. Sans compréhension innée (une langue maternelle en quelque sorte), la chose entreprise ne saura être célébrée par les descendants ni donc continuée. Si le sacrifice engage à être, sinon conspué, du moins méprisé, autant s’occuper de son nombril.

Tout ne doit donc pas s’acheter. Si tel est le cas, alors la corruption n’a plus de sens (état normal) ; plus de sens non plus l’au-delà de soi (sans objet). Ne demeure que soi dans cet espace-temps si réduit qu’il en est ridicule. Le nihilisme s’auto-alimente, destructeur de ce qui a été construit autrefois sur les bases d’un langage commun qui donnait aux plus grandes choses, par le sens, leur proximité à travers les âges et poussait de facto à les continuer. (Je ne parle pas de croyance comme on peut entendre, de-ci, de-là, car il s’agit d’une chose précisément abstraite : fragile.)

La formation a ce sens de la mesure de l’homme au sein d’un ensemble compris. Sinon : à quoi bon s’échiner à se tenir debout ? L’Arabe le dit, qui a bien vu qu’on est mieux assis que debout ; couché qu’assis ; mort que vivant.

Nos Instructions en Sûreté Civique ne briseront pas le cercle vicieux, sauf si une conscience les saisit. Alors, oui, elles lui seront décisives.

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