Tremper sa plume dans l’encre informatique

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente une réflexion sur un moyen de l’écriture.

Comment m’est venue l’idée de construire un clavier est une question intéressante et plutôt facile à répondre. Qu’il suffise d’avoir à écrire beaucoup par cette merveilleuse machine qu’est l’ordinateur pour constater que la disposition d’un clavier, et peut-être particulièrement d’un clavier français, est loin d’être judicieuse. Je travaille personnellement sur un ordinateur de bureau avec un clavier dit étendu, de surcroît avec un éclairage de couleurs personnalisées sur les touches pour les grouper logiquement. Malgré cela, les hésitations sont monnaie courante. J’ai pourtant connu dès mon enfance et par jeu l’usage des premières machines à écrire mécaniques avant que de m’éblouir devant la facilité des machines électriques. Quant à mon premier ordinateur, un Amstrad PC1512, je ne pouvais qu’y voir une révolution. Depuis, cette révolution n’a cessé d’aller en accélérant. Il est cependant des choses qui n’évoluent bizarrement pas, sans doute du fait des habitudes prises. Mais si seulement ces habitudes étaient en mesure de compenser une mauvaise conception ! Il n’en est hélas rien. Ce qui m’a donc décidé, c’est précisément cela : cet inconfort dû au manque de reconsidération des choses. Il suffisait de poser son regard sur cette question. Telle est la base de tout génie.

La première question à se poser fut : avons-nous besoin, sur un ordinateur, de passer par un tel nombre de touches ? Ne pouvons-nous pas faire travailler cet ordinateur pour qu’il les interprétasse ? Evidemment, la réponse ne peut être que positive au sein du monde informatique qui, précisément, le constitue.

Me voici alors en quête d’une carte électronique appelée PCB ; de boutons-poussoir de type bleu, c’est-à-dire possédant la caractéristique de délimiter tactilement le point effectif d’engagement du code et de provoquer un bruit prononcé de clic mécanique ; de touches, enfin, au profil sculpté des premiers claviers.

La particularité de ce clavier oblique est qu’il est ramassé, au point d’ailleurs de distribuer les touches, non pas de manière décalée, mais alignées de manière orthogonale. De surcroît, le nombre de touches est réduit à quatre rangées de 12 moins une (la barre espace), soit 47. On peut se demander, dès lors, comment obtenir tous les signes dont on a habituellement besoin ? L’astuce réside dans la programmation. Non seulement l’on peut user de « couches » (dont le principe est le même qu’avec la mise en majuscule) ; mais encore de combinaisons de touches, ce qui présente l’avantage incontestable de la logique mémorielle. A titre d’exemple, j’ai choisi de programmer ma logique ainsi : le é s’obtient en déclenchant la touche-code de combinaison puis du e ; le è en doublant l’appui sur le e ; le ê en le triplant ; le ë en le quadruplant. Une parenthèse droite avec la combinaison pd ; une accolade gauche par ag ; un point-virgule avec pv ; etc.

Est-ce plus compliqué ? C’est assurément plus simple que de chercher la touche qui reçoit [ avec deux autres signes pour lesquels il faut faire attention à la position afin de déterminer quelle touche de modification (AltGr par exemple) le sélectionne. Idem pour les ponctuations. Il est ainsi bien plus simple de faire un ç par le c que de trouver une touche surchargée d’autres signes.

Et puis, ce que l’on appelle les macros permettent de générer des formules (de code, de politesse, de signature, d’expressions diverses) selon ces principes.

Le clavier devient, dans ce cas, véritablement opérationnel.

L’on peut aller plus loin. Si les « souris » et autres « pavés tactiles » sont connus, qu’en est-il des autres solutions telles que le trackball ? Certes, notre clavier intègre toutes les fonctionnalités de la « souris » quant au déplacement du curseur ; une action plus directe est tout de même appréciable. Après tout, qu’est-ce qu’un trackball sinon une souris inversée (classique et non laser) sur laquelle on agit par la boule plutôt que de la déplacer ? Et cela se résume en une simple carte PCB (un circuit imprimé) munie de capteurs à roulement. Qu’il suffise de se former au dessin industriel moderne, c’est-à-dire numérique (conception assistée par ordinateur) puis à l’expérience de l’imprimante 3D, et l’on obtient véritablement tout ce qu’un honnête homme peut désirer en termes de pouvoir lié à la main, ou au cerveau, c’est tout comme.

Ainsi, expérimenter un angle de 45 degrés se révèle extrêmement satisfaisant ! A mesure que j’essaie, je suis de plus en plus convaincu de l’adéquation entre l’inclinaison et la compacité du clavier. En effet, l’absence de déplacement des mains sur les touches et le coup d’œil pour les identifier de temps à autre forment une cohérence opérationnelle à laquelle concourent ces deux caractéristiques.

Rédaction d’essai avec le clavier sur les genoux et une prise innovante :

Voyons comment le clavier, placé sur les genoux, se comporte sans l’usage des pouces qu’on place sous sa base : cela semble très acceptable puisqu’il dispose de quatre rangées de touches et non pas je-ne-sais combien ce qui permet, précisément, une couverture complète des doigts sans déplacement. A l’usage, cela semble satisfaisant sur les premiers pas (premiers pas est amusant pour parler des doigts). Comme pour toute chose il faut du temps, de l’exercice pour convaincre ses organes et sa psyché des nouveaux exercices qui lui sont imposés. Comme avantage immédiat je vois l’usage de la touche d’espacement, qui est creuse et donc qui reçoit infiniment mieux les doigts que les pouces dans son creux (la barre d’espace est normalement ronde mais une barre de deux unités est hélas incurvée et non bombée comme il se devrait). Un autre avantage apparaît en ce que, les pouces prenant la clavier sous sa base, cela oblige les mains à conserver une position stricte et ainsi à distribuer les doigts de manière académique, si l’on peut dire. Une rigueur s’instaure de facto, ce qui est toujours bon pour la mécanisation des choses et donc leur efficacité. Enfin, la pente de 45 degrés s’en trouve légèrement adoucie et le travail des doigts ne fait apparemment pas souffrir le poignet en l’absence cambrure.

En quoi, dirons-nous, ce papier concerne-t-il l’édition ? Eh bien ! En premier lieu en ce que Beta-Oblique cherche à « confondre le temple, le musée et le laboratoire ». Point de connotations à ces termes, seulement une perspective par des mots premiers. Par déclinaison, il y a mise en parallèle de cette perspective avec les notions d’auteur, de lecteur et de « publicateur ». Si l’on comprend bien tout cela, il y a la Main au centre. La main fabrique, elle expose, elle reçoit et donne.

Dans le monde informatique que nous voyons, les outils de la Main sont au premier chef des interfaces de l’Intelligence.

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