Age de Fer

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente une réflexion sur le post-modernisme.

Le déconstructionnisme post-moderne accuse les Humanités de logocentrisme et de phallogocentrisme. Derrida, par ces concepts qu’il a développés, raconte par le menu que la Culture occidentale serait fondée sur la Raison et l’Homme européen. Evidemment il ne s’agit pas ici de faire un simple descriptif, mais d’accuser la Culture occidentale d’opprimer l’irrationalité, la féminité et l’étranger. La Culture occidentale serait donc fondamentalement problématique, nuisible, déviante et immorale. La résultante est tout un ensemble d’attaques sur divers pans de la Culture (mais aussi les personnes). La dernière en date met Homère au ban de la société civilisée (https://www.wsj.com/articles/even-homer-gets-mobbed-11609095872). Le triomphe écrasant du post-modernisme a de quoi susciter le dédain ou un certain mépris chez l’homme éduqué par les Humanités. Ces attaques suscitent l’indignation et une certaine résignation face à ce que beaucoup voient comme un écroulement même de la Culture. Or, il ne s’agit ici que du bélier de l’utilitarisme à l’anglo-saxonne qui vise à la maximisation du bonheur individuel pour le plus grand nombre possible. Afin d’y parvenir il n’est demandé en échange « que » l’abattage d’une Culture dépassée qui gênerait la vue des horizons de ce que certains osent appeler progrès social. Nous pourrions croire les lendemains qui chantent promis par ces sirènes en eaux profondes. Cependant le constat est implacable lorsque l’on observe le monde de demain. La malheureuse réalité de la croissance ininterrompue des pathologies mentales, de la consommation de psychotropes et de l’attrait du sordide indique tout le contraire du bonheur individuel annoncé.

Il faut le reconnaître, le changement de paradigme est saisissant. A la place de la Culture comme expression de la vie arrachée aux turpitudes du temps s’institue la jouissance immédiate de l’expérience individuelle supposément libre de toute servitude.

L’Humaniste est pétri de l’intelligence des siècles. Il comprend toute la tragédie humaine et sait qu’il existe, comme autant de piliers, des fondations solides et inamovibles à la pensée, à la culture et à une certaine Humanité.

Pour chaque pilier abattu, pour chaque mur porteur crevé, on remarque un certain nombre de conséquences invisibles, mais pourtant si tangibles. Le post-modernisme veut abolir la Culture occidentale fondée sur les Humanités pour accoucher d’un esprit apaisé sur son ventre… bientôt englouti par un marché affamé.

Contre ce travail de sape, la simple existence de l’Humaniste suffit à étayer. Il perpétue l’ouvrage collectif qui fait communier les morts aux vivants. Sa pensée, fruit de la somme du travail accumulé par les siècles, développe la Culture en lui apportant son labeur. L’Humaniste est ici, en quelque sorte, un bâtisseur de cathédrale qui sans cesse continue l’ouvrage des siècles pour tenter d’apporter une pierre décisive à une construction qu’il sait dépassant sa simple stature et dont la beauté sera également l’expression la plus intime de ce qu’il conçoit en son esprit. Sa réalisation personnelle est consubstantionnelle à la réalisation de sa Culture. Il  en est le fils mais également le père.

A celui-là qui, souffrant des intempéries d’un temps dont la force fait se fissurer l’Humanisme jusqu’à ses fondations, je l’invite par ce conseil amical, à faire de sa bibliothèque une crypte dans laquelle les pages éclairent et réchauffent l’esprit d’un savoir qui le met en relation avec des contemporains plus sensés. Et il faut reconnaître, pour moi, que Balzac est d’excellente compagnie lorsque je trinque avec Ovide. Je laisse les autodafés et les bûchers aux masses qui cherchent un bouc émissaire aux misères intérieures. Je préfère porter de plus beaux flambeaux…

et quasi cursores vitae lampada tradunt. Lucrece, de Rerum Natura, II,79
Et ils (les mortels) se confient, comme des coureurs, le flambeau de la vie.

Lampadédromie. Louvre
Lampadédromie. Musée du Louvre (Paris)

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