Paris brûle-t-il ?

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente une réflexion sur la transcendance.

Le Louvre est un symbole.

Il est à la fois le lieu de l’épopée et du tragique, de la gloire de la cité médiévale aux horreurs de la Saint Barthélemy, du projet palatial quasi millénaire à son exploitation commerciale. Le Louvre a quelque chose d’un miroir. Il rend à la France son image dans le temps.

C’est lors des soubresauts qui agitent la France que le Louvre prend toute sa dimension.  En ces jours de commémoration de la Commune de Paris, un événement nous tient tout particulièrement à cœur à Beta-Oblique, car il relève d’une valeur difficilement quantifiable : la noblesse d’esprit.

Alors que Paris était en proie à la barbarie durant la Semaine Sanglante, les Communards, guidés par le ressentiment envers le régime impérial et la France royale, s’acharnèrent sur divers symboles historiques parisiens. Parmi les monuments détruits nous devons compter les Tuileries et le Palais-Royal qu’ils incendièrent.

Le Louvre voisin ne dut son salut qu’à la rencontre des deux factions en guerre : le commandant versaillais Martian Bernardy de Sigoyer et le conservateur Henry Barbet de Jouy laissé en place par la Commune. 

L’événement est relaté dans l’historique du 26e bataillon de chasseurs :

« On était immobilisé en présence des incendies dont on était enveloppé de toutes part. Le capitaine Lacombe en profite pour faire seul une reconnaissance sur les quais, où il constate que le feu des Tuileries s’étend de proche en proche, que le Musée du Louvre est menacé et qui si on veut le sauver, il faut agir résolument sans perdre une minute. Le commandant de Sigoyer n’hésite pas, il se décide à n’obéir qu’à son initiative et prend immédiatement ses dispositions pour s’emparer du Louvre. […] La 4e compagnie reçoit l’ordre de déblayer le terrain, part au pas de course, débusque l’ennemi et le refoule jusqu’au Pont Neuf. Une section de la compagnie profite du mouvement offensif pour s’emparer du Louvre. Elle se porte aux fenêtres qui font face aux quais et dans cette position, tient l’ennemi en respect. En même temps, le surplus du bataillon s’empresse, homme par homme et au pas de course, de se glisser le long des murailles pour arriver jusqu’à la porte vitrée qui donne accès dans la galerie des antiques. Le commandant est des premiers, il fait enfoncer la porte à coups de crosses. Il ne s’agissait plus maintenant de combattre des révoltés, il fallait combattre l’incendie sans armes appropriées et le vaincre ; ce n’était point tâche facile. On fouille les caves, les chantiers où les ouvriers avaient abandonné leurs outils ; tout ce qui peut servir, haches, pioches, marteaux, fut saisi avec empressement ; la dernière compagnie s’élance dans les escaliers, grimpe jusque sur les toits et, entre la salle des États et le pavillon de la Trémouille, essaie de pratiquer une coupure. Le cœur ne manquait à personne, mais l’endroit n’était pas tenable, l’intensité de la chaleur, sinon les flammes, repoussait les travailleurs. […] Les quatre autres compagnies, gardées par leurs sentinelles, avaient déposé leurs fusils et, sous la direction des officiers, faisaient la chaîne depuis les prises d’eau jusque sur les toits, à l’aide de tous les récipients que l’on avait pu découvrir. Trente hommes furent envoyés au pavillon Richelieu, où la bibliothèque embrasée était, de ce côté là aussi, une menace pour le Louvre. Sur ces entrefaites arrivèrent un détachement du 91e et un détachement de sapeurs pompiers de Paris. Grâce à ce renfort, l’incendie fut maîtrisé et le bataillon put rejoindre la division. Le Musée du Louvre était sauvé ! »

Le texte ne rapporte pas la présence d’Henry Barbet de Jouy. Pourtant, il prit toutes les dispositions nécessaires pour protéger les collections avec plusieurs de ses collègues et des riverains anonymes alors même que des Communards boutaient le feu au pavillon Richelieu, réduisant en cendre les ouvrages de la bibliothèque impériale.

Que reste-t-il de ce véritable héroïsme ? La rencontre a quelque chose de sublime. Le fusil protège la page et la pierre plutôt que de viser à l’homicide politique. La main noircie par la poudre et les cendres passe le seau d’eau à celle du voisin en képi ou en blouse. Le Louvre redevient le cœur de la France et refonde un peuple alors même que Paris est livrée à la dernière des brutalités.  Le palais est donc le plus beau des miroirs de France car il lui renvoie la beauté de son visage. Mais il est peut-être aussi un miroir sans tain dans lequel le versaillais de toute époque regarde le Communard éternel comme le reflet d’une même haine envers Paris.

Puisse une Providence placer toujours sur notre chemin des Martian Bernardy de Sigoyer et des Henry Barbet de Jouy pour rappeler ce qui est notre honneur.

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