L’histoire d’une ville : une introduction

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente un livre classique.

Je ne saurais que trop conseiller la lecture de L’histoire d’une ville en ces temps si modernes : l’expérience du passé romancé par Chtchédrine les éclaire. Cet auteur russe, étudié à l’école, a ce style merveilleux du 19e siècle et le talent de psychologue d’un Balzac. Nous reviendrons peut-être sur ce livre tant il y a à dire. Mais en guise d’introduction, le début suffit à cerner non seulement le sujet, mais aussi l’humour, inénarrable, et la finesse, inédite.

NOTE DE L’EDITEUR

Depuis longtemps je me proposais d’écrire l’histoire d’une ville ou d’un pays pour une période bien déterminée, mais diverses circonstances avaient gêné mon entreprise. La difficulté principale tenait au manque de matériaux tant soit peu authentiques, ou du moins vraisemblables.
Or voici que, fouillant dans les archives municipales de Gloupov, je suis tombé sur une assez grosse liasse de cahiers portant le titre commun de
Chronique de Gloupov. un examen attentif m’a prouvé que ces papiers pouvaient m’aider notablement à réaliser mon projet. Le contenu de la Chronique est pourtant assez monotone. Il consiste presque exclusivement dans la biographie des gouverneurs qui pendant près d’un siècle ont présidé aux destinées de la cité et dans la peinture de leurs exploits : courses en voitures de poste, recouvrement énergique des impôts, campagnes militaires contre les administrés, pavage ou dépavage des rues, taxation des fermiers généraux… Ces misérables indices permettent malgré tout de saisir la physionomie de la ville et d’y observer les répercussions des phénomènes qui, dans le même temps, affectaient les hautes sphères. C’est ainsi que les gouverneurs du temps de Biron se distinguent par leurs folies, ceux du temps de Potemkine par leurs procédés expéditifs, et les contemporains de Razoumovski par une origine obscure et une témérité proprement chevaleresque. Ils se trouvent tous donner le fouet à leurs administrés, mais les premiers le font d’une manière absolue, les seconds justifient cette énergique méthode par les exigences de la civilisation, les derniers enfin expriment à ce propos le souhait qu’en toute chose les populations se fient à l’initiative hardie de leurs chefs. Une politique aussi variée ne pouvait manquer d’influer sur l’état d’esprit des administrés. Dans le premier cas ils tremblaient sans y prendre garde ; dans le second, s’ils tremblaient toujours, ils savaient que c’était pour leur bien ; dans le troisième enfin, ils se haussaient à une sorte de terreur empreinte de confiance. Il n’est pas jusqu’à l’usage intempestif des chevaux de poste qui n’exerçât son influence : la vivacité et la fougue des chevaux pouvaient en effet fournir à l’esprit des habitants le plus tonique des exemples…
La
Chronique est due à quatre archivistes successifs. Elle s’étend de 1731 à 1825. Il semble qu’à partir de cette date les archivistes eux-mêmes durent renoncer à toute activité littéraire.
Extérieurement la
Chronique a l’aspect le plus convaincant. Je veux dire qu’aucun doute n’est permis sur son authenticité. Les feuilles en sont aussi jaunes, aussi enluminées de gribouillages, aussi rongées des souris, aussi déshonorées par les mouches que les feuillets de n’importe quel monument du « Fonds Pogodine ». On le sent bien, une sorte de Pimène archiviste a veillé sur ces folios. A la lumière tremblotante d’une chandelle il a mené son œuvre à bien, puis il a su la préserver de l’universelle curiosité de MM. Choubinski, Mordovtsev et Melnikov.
L’ouvrage est précédé d’un appendice particulier, ou « liste », composé semble-t-il par le dernier chroniqueur. En annexe se trouvent les documents justificatifs. Ce sont les cahiers d’écolier remplis d’exercices originaux sur divers thèmes de théorie administrative. On trouve ainsi des réflexions sur « l’unanimité des gouverneurs en matière d’administration », sur « l’agrément de figure des gouverneurs », sur « le bénéfice moral de la répression » (illustré), ainsi que des méditations « sur le recouvrement des impôts », sur « le temps des vicissitudes », et enfin un assez vaste traité « de la sévérité ». On est en droit d’affirmer que ces exercices sont dus à la plume de divers gouverneurs, dont certains ont du reste signé ces ouvrages. ils ont la particularité précieuse de refléter très fidèlement l’orthographe du temps et de peindre leurs auteurs d’une façon plus complète, plus probante, plus colorée que les récits de la
Chronique.
Quant au texte lui-même, il est essentiellement fantastique. Certains passages peuvent même en paraître invraisemblables en notre temps de lumières : ainsi l’histoire parfaitement absurde du gouverneur « Boîte à musique », ou ce récit qui nous montre un gouverneur volant dans les airs. Ailleurs encore, on nous conte qu’un gouverneur avait les doigts de pieds tournés en arrière et qu’il faillit de ce fait sortir des limites prescrites à sa fonction. L’éditeur ne s’est pas cru autorisé à cacher ces détails. Bien au contraire, il pense que l’existence de pareils faits révélera clairement au lecteur l’abîme qui le sépare de ces temps reculés. Il considère en outre que l’allure fantastique de ces récits n’enlève rien à leur valeur pédagogique et administrative. La fougueuse assurance du « gouverneur volant » peut encore de nos jours offrir un avertissement salutaire à tous les fonctionnaires qui souhaitent ne point se voir destituer avant l’heure.
Dans tous les cas, pour éviter les interprétations tendancieuses, l’éditeur se croit tenu de préciser que son seul travail a consisté à corriger le style lourd et désuet de la
Chronique, et à consacrer à l’orthographe l’attention qui lui est due. Il n’a rien changé au texte de la Chronique. De la première à la dernière minute il n’a jamais perdu de vue la redoutable figure de Michel Pétrovitch Pogodine. cela peut suffire à suggérer l’état de tremblant respect dans lequel il a accompli sa tâche.

Nous pourrions continuer, tant le texte, dans son entier, est savoureux. Non seulement savoureux, mais, comme nous l’avons déjà mentionné, hautement instructif sur la constance des âmes que la place caractérise. Le haut et le petit fonctionnaire, le militaire, le plébéien… La caricature illumine, cruelle de justesse, hilarante d’absurdité, désespérante de continuité.

Variations sur Martial

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente un livre.

Etienne Wolff présente un recueil de traductions plus ou moins fidèles aux mots de Martial, l’auteur piquant de la Rome impériale. Ce travail est passionnant pour nombre de raisons.

Il l’est pour remettre en évidence l’inspiration qu’offrent les mêmes mots à des oreilles diverses, qu’elles se situent dans des espaces ou des temps différents : ce croisement fait source au point d’un crâne. De celui-ci, tel écho émane des mots, qui ne sera pas celui d’un autre. Evidence ? Certes. Mais cette évidence nous donne prétexte à rappeler qu’il convient de se défier de tout ce qui est acquis ou semble l’être, tant le génie provient de la simple capacité à reconsidérer ce qui est quotidiennement sous nos yeux ; ce qui ne se voit précisément plus parce que, pourrait-on dire, la chose fait consensus. En matière de traduction ce consensus est bien sûr illusoire. Tel effet recherché implique telle déformation ; tel autre le recours à un autre vocabulaire, une autre géométrie grammaticale.

Si l’aéronautique moderne a imposé pour ses besoins le terme de géométrie variable, pourquoi ne pas penser sérieusement à une physique linguistique ? Et d’abord à la poétique, non comme un art oiseux, mais au contraire opérationnel qui peut tour à tour obscurcir, élargir, fendre ou fondre un même sujet. Cette idée n’est pas nouvelle ; elle est même couramment employée à dessein. Mais l’occasion nous est donnée ici de mieux en prendre conscience, de mesurer les différences de potentiel sous leurs divers rapports, de voir, enfin, la nature réelle des langages.

Une langue est en effet si naturelle que sa nature même, — seconde nature, passe inaperçue. N’est-il pas stupéfiant de pouvoir exprimer une idée sans même songer un seul instant aux mots à employer ? Et plus encore : à rarement avoir à penser, à préméditer une réponse. Comme si l’idée nous précédait. Comme si nous n’avions qu’à la suivre, sans même sentir sa présence et cependant nous élançant dans l’expression avec une déconcertante assurance. Il n’y a que les poètes à se torturer sur les mots. Pourquoi ? Parce que, probablement, ils savent le pouvoir de la forme. La plasticité de leur forme verbale est assimilable à la prouesse technologique de l’avionneur capable de reconformer un aéronef comme l’oiseau de haut vol use de lenteur ou de vitesse à dessein. Verbaliser est pour chacun une seconde nature ; mais voleter ne fait pas l’oiseau de proie.

Le professeur Wolff livre donc un document dont chacun pourra tirer profit, quel que soit l’angle de vue constitué par notre origine. Tel exemple l’a inspiré ; toutes les facettes qu’il offre sont ainsi des sources qui se répondent dans une unité de questionnement, fondamentale. Que l’Idée prenne le Lecteur à sa suite. Avec toute notre gratitude.

Retours

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente le livre « Retours ».

Retours est une œuvre remarquable et plurielle à plus d’un titre : trois retours, trois auteurs. D’abord le voyage d’un aristocrate gallo-romain en 417 intitulé Sur son retour dont le professeur Wolff nous livre une merveilleuse traduction précédée de son inscription historique éminemment actuelle. Ce rendu de l’œuvre très poétique de Rutilius suffirait en lui-même à nous retenir par son charme évocatoire. Mais Agnès Adda a suivi les traces du haut-fonctionnaire tant en ses écrits qu’en sa navigation, recommencée. Il en résulte L’Ecume du retour, recueil à la nostalgie envoûtante dont les poèmes émaillent les mots de Rutilius. Ces mots d’un autre monde, encore païen, que Fabienne Yvetot sertit de ses gravures élémentales puissantes et vraies : il suffit de voir son Itinéraire marin pour, soudainement, savoir. On ne pourra qu’aimer tourner ces pages qui nous emportent et nous captivent d’un souffle riche et élevé.

Du maintien (premier titre de la collection « bréviaire »)

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente le livre « Du maintien ».

La collection « Bréviaire » veut proposer des ouvrages nécessairement brefs. Dans cet exercice, l’auteur développe ses thèmes de prédilection à travers celui, phare, de l’information. Un conte ouvre le bal ; puis un théâtre d’ombres est le prétexte à entendre des leçons de choses ; avant que des préceptes sur la sûreté ne parachèvent le récit composite qui pourtant fait pièce : l’information en tant que formes ; le besoin de précautions ; l’usage de la diplomatie comme art visant à éviter les ruptures ; et la machine intelligente comme secrétaire. Voici « du Maintien », un livre profondément curieux et curieusement profond.

Cette forme est particulièrement adaptée à ce que nous appelons des « homélies » (cf. ce papier) qui se rassemblent ici. Tout un chacun peut y proposer son inspiration.

Le boomerang ou une caricature d’époque

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente le livre « Le boomerang ».

Après Entre France et Russie, Françoise Compoint nous livre Le boomerang. Dans la lignée, dirions-nous, de l’étude sensitive et fine entamée dans son premier ouvrage où l’auteur s’était fait témoin d’elle-même. Cette fois, c’est en prenant le corps et l’âme d’une adolescente moscovite lors des années nouvelles, de l’après communisme. Même si la véracité de l’histoire suffit à soutenir l’intérêt, ce dernier se situe indéniablement dans l’orbe du conte réel rapportant le passé. Ce courant alternatif est typique du style affirmé de Compoint qui donne à ce qu’elle suit du coin de l’œil une force de plume indéniable. La suivre, c’est s’étourdir un peu du sens des détails vus d’en haut. Il faut aussi s’interroger sur le titre, qui est celui d’un objet dont la courbure géométrique alliée à la rotation sur lui-même transforme la translation rectiligne en elliptique. Ce qu’on nommerait le retour aux choses. Quelle est cette courbure ? Est-elle intrinsèquement femelle dans son rapport à la mécanique des esprits ?

L’europo ou le sanscrit pour les européens

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente le livre « L’europo ».

L’europo est une langue inventée : une de plus, à l’instar de l’espéranto, mais aussi du sanscrit. A la différence des deux, l’europo dispose d’une sauvage simplicité ; une grammaire tenant sur deux pages, un système apportant des avantages similaires à celui du système métrique dans le domaine des poids et mesures ; l’absence d’exceptions et des racines intuitives pour tout européen ; une précision et une souplesse inégalées rendant obsolète la notion de néologisme : telles sont ses forces. Mais au-delà de son caractère opérationnel, l’europo constitue un document riche d’enseignements pour tous ceux comprenant l’enjeu de la communication dont les machines ne peuvent être exclues.

Des homélies pour l’esprit

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente une innovation pour le livre.

Beta-Oblique ne s’en cache pas : son objectif est de rendre à l’époque de l’intelligence. A cette fin, le chef de famille devrait refonder un rite. Pour l’y aider, nous avons produit des éditions sans idée lucrative, ce qui permet aux auteurs de ne pas se voir refuser la publication pour raison commerciale. Bien entendu, une autre catégorie se trouve concernée : le lecteur. C’est pour ne pas la voir disparaître que la troisième catégorie est instituée : le publicateur. Celui-ci sait parler parce qu’il a quelque expérience de la vie et qu’à la lecture de tel livre des idées lui sont parvenues. Notées au fur et à mesure de la lecture avec les références des pages qui ont suscité ces pensées, l’enregistrement sonore peut alors nous être envoyé (ex-machina a cet objet). Dès lors, des causeries autour des livres les enluminent tout en fondant, potentiellement, les bases d’un rituel familial à l’occasion duquel l’esprit des jeunes enfants pourra être marqué, voyant le livre par le prisme de l’intérêt que ses parents lui portent. Car, livre en mains, ceux-ci peuvent éventuellement suivre les passages relevés par les commentateurs en ce lieu. Tel peut être l’esprit des homélies ; car, après tout, c’est bien à l’esprit qu’on rend ainsi hommage…

leparsurtitreauteur
211018RMCL02Entre France et RussieCompoint
020919RMBR01Du MaintienMaginot
Homélies réalisées (en face 2 ; hormis les présentations de chacun des titres en face 1)
Ici, les parutions s’égrènent dans l’ordre chronologique. Auteurs, titres, collections et bien sûr l’illustration emblématique des titres distinguant nos éditions apparaissent dans cette galerie.
En appuyant sur une illustration de titre, l’on accède à quelques détails comme la catégorie. Mais en appuyant encore au centre, l’on accède aux enregistrements. Bien sûr, la flèche en haut à gauche permet de revenir à la galerie tandis que les flèches en bas à droite permettent de passer d’un titre à un autre.
Les informations sonores se présentent sous forme de tourne-disque. La face A démarre automatiquement ; elle dit la quatrième de couverture ainsi que la préface. Le symbole en bas à gauche permet de retourner le disque ; la face B présente, lorsqu’il y en a, les « homélies ». La lecture n’est ici pas automatique, il convient d’appuyer sur le symbole en bas à droite. A tout moment il est possible de saisir le bras de lecture pour le positionner à un endroit quelconque du disque. Son avancée par rapport au centre dit la longueur totale de l’enregistrement.

entre France et Russie

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente le livre « Entre France et Russie ».

Des enfants partageant deux nationalités, deux langues, deux cultures, il y en a. Mais… lorsque la petite fille pose son regard sur les gens, les choses, les noms ; grâce à des guides s’est trempée d’époques, de senteurs et d’images ; lorsque les rêves viennent à elle et que les yeux demeurent ouverts, alors le grand jeu existentiel peut commencer ; celui de tous les philosophes : qui suis-je, où aller, pourquoi ?
Françoise Compoint induit ses réponses, limpides, sourdant de la profondeur commune du souvenir et de l’actualité. Cette communion, elle a été la chercher, et ce texte est une ponctuation d’archétypes que le lecteur ne manquera pas de saisir à son profit : Galitch ; les inconnues familières ; le médecin à la peau d’hostie… Entre le cru et le suave, le clair et le sombre, entre le devenir et le passant : la Russie et la France.

face aux dangers du microcosme

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Déclaration du droit de l’homme : chacun a droit aux moyens de l’apaisement des échanges pour faire son intelligence. Dans cette optique, Beta-Oblique présente le livre « Face aux dangers du microcosme ».

NRBCE est l’acronyme pour Nucléaire, Radiologique, Biologique, Chimique, Explosif. L’évocation de ces mots évoque, pour le public, des menaces insidieuses, rampantes, graves, parce que invisibles. Des spécialistes aptes à gérer de telles catastrophes existent pourtant, et avec eux kyrielle de plans. Mais eux aussi demeurent invisibles aux yeux du public et, lorsqu’ils apparaissent à la lueur redoutée de crises, le mensonge pour la bonne cause ou le jargon impénétrable ne les rendent pas plus concrets. Face aux dangers du microcosme propose de nombreuses voies, toutes convergentes, pour rallier sous une bannière commune les autorités, les spécialistes, les citoyens, mais aussi les machines. Bannière qui, en premier lieu, représente le langage.

« L’intelligence par l’unification », un des thèmes de Maginot, se trouve donc ici largement développé pour ravir un public avide d’infini et de pratique tout à la fois.